
American Caper
par Dan Houser, Lazlow et David Lapham
Éditions Urban Comics, collection Urban Indies
avis : 4/5
L’avis
C’est assurément un comics sans concession, aux antipodes du superhéros qui sauve la veuve et l’orphelin. Ici, c’est le règne de la médiocrité, du chacun pour soi. C’est à celui qui étalera le plus ses richesses, marchera sur les autres pour réussir, quitte à tuer et se précipiter ensuite à l’église pour expier ses horreurs perpétuées.
Un thriller bien ficelé qui sait maintenir le suspense, relançant le récit à chaque fin de chapitre pour mieux rebondir, tantôt en divertissant le lecteur, tantôt en l’horrifiant.

Le pitch
Deux familles que tout oppose vivent côte à côte dans la petite ville bourgeoise de Verone, Wyoming.
Les Hamilton : un père avocat véreux, accro aux jeux d’argent, une mère acariâtre, raciste, scotchée aux sites complotistes, une fille étudiante qui tente de garder la tête hors de l’eau, un fils geek prépubère réfugié dans son univers imaginaire.
Les Charmers : un couple de mormons impeccables, six enfants modèles, une réputation sans tache… du moins en façade.
Tout bascule le jour où un van rempli de migrants défonce la clôture séparant les deux propriétés. Dans la foulée, une série de meurtres secoue Verone. Incapable de comprendre ce qui se trame, la police locale doit appeler le FBI, qui met rapidement au jour des pratiques pour le moins inquiétantes derrière les façades respectables des deux familles.
Le scénario

Dan Houser et Jeffrey Lazlow : voilà un duo détonant de scénaristes ! Ils n’hésitent pas à appuyer là où ça fait mal en présentant une Amérique décadente, et plus particulièrement dans l’état du Wyoming. Ils dressent des portraits au vitriol de deux familles bourgeoises voisines aux comportements radicalement différents mais tout aussi inquiétants, se rejoignant dans la médiocrité et la méchanceté.
Au scénario enlevé et truffé de rebondissements s’ajoutent des dialogues fleuris alternant les situations comiques voire pathétiques avec des moments cauchemardesques.
Le dessin

Le dessin acéré et dynamique de David Lapham sert remarquablement le scénario en forçant le trait de ses personnages tout aussi singuliers les uns que les autres. De la bimbo décolorée à l’industriel ventripotent en passant le vertueux mormon ou le politique véreux, l’incroyable galerie des protagonistes évolue dans décors champêtres qui adoucissent le récit.
Ce que j’ai aimé
- La satire sociale de la société américaine décadente où l’on se demande à chaque page s’il faut en rire ou en pleurer.
- Les perpétuels rebondissements de situations qui tiennent en haleine.
- Les caricatures des personnages tout aussi hideux physiquement que moralement.
Bernard Launois



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