Tamara vol.2 : Alexandre Castagnetti, un réalisateur passionné !

Tamara vol.2 - Alexandre Castagnetti, le réalisateur
Alexandre Castagnetti, le réalisateur © Marc Carlot, Agenda BD

A la fois réalisateur et scénariste de l’adaptation cinématographique de la BD Tamara de Zidrou et Darasse, Alexandre Castagnetti a recréé avec justesse l’univers de la série tout en produisant deux histoires totalement originales. Dans Tamara vol.2, il se penche sur notre héroïne et ses potes alors qu’elle commence ses études à la fac. On change de décor et cela donne une histoire très bien rythmée dont les personnages restent attachants.

Tamara : un pont entre les générations

A la base, l’idée d’adapter Tamara au cinéma a germé dans la tête de Gaëlle Cholet, la productrice des films…

AC : Elle voulait produire un film qu’elle pourrait aller voir avec sa fille. Elle souhaitait que parents et enfants puissent se rejoindre sur un thème qui touchent les 2 générations. Sa fille était lectrice de la série BD et elle lui a suggéré d’en faire une adaptation.
Lors des avant-premières du premier film, j’ai eu beaucoup de témoignages touchants et profonds de jeunes filles et de mamans qui m’ont montré qu’on avait bien rencontré cet objectif. Tamara est un personnage hyper-motivant pour les jeunes filles d’aujourd’hui. Il en existe très peu, voire pas, au cinéma. Ces jeunes peuvent s’identifier au personnage. Quand on est ado, on se trouve très souvent moche, qu’on soit gros ou pas. L’adolescence est une période où l’on est plutôt mal dans sa peau. Là, on montre qu’une fille comme Tamara peut aussi avoir un beau mec comme Diego. Les mamans nous remercient d’avoir cette approche différente qui permet de décomplexer leurs filles.

Rayane Bensetti (Diego), Noémie Chicheportiche (Sam), Annie Cordy (Rose), Oussama Kheddam (Mounir), Ina Castagnetti (Yoli), Héloïse Martin (Tamara), Blanche Gardin (Valérie) © Arnaud Borrel / UGC Distribution

De par les sujets abordés, chacun, ado ou parent, retrouve des choses qui le concernent…

AC : L’univers touche autant les enfants que les parents. Ce qu’ils voient ensemble dans les films peuvent devenir un prétexte pour aborder des choses un peu taboues, à la maison. Par exemple, quand on voit Amandine, la maman, espionner Tamara, cela peut générer une question sur le sujet. On peut avoir une jeune fille qui demande à sa mère si elle fait pareil. D’abord, on nie, mais après, on peut expliquer le pourquoi, ses craintes, etc. Même chose à propos du harcèlement, cela peut lancer un dialogue sur ce que vivent les enfants en dehors de la maison. Le film sert de catalyseur, il permet de mettre sur la table des sujets délicats, tabous… Ce sont des retours qui nous ont été confié durant les avant-premières. Pour nous, c’est chouette de savoir qu’on apporte un peu de dialogue au cœur des familles.

Le personnage joué par Héloïse Martin est très crédible et la jeune actrice est parfaite dans ce rôle.

AC : Héloïse apporte une vraie fraîcheur. Le casting pour choisir celle qui allait interpréter Tamara a été assez long, mais j’ai été convaincu dès que j’ai vu qu’elle avait cette vérité. Elle ne triche pas. C’est une vraie comédienne. Elle se met dans le rôle. Dans ce deuxième film, elle garde cette même fraîcheur. Elle a un peu changé physiquement. Elle a 2 ans de plus. Elle a un peu évolué dans la technique. Elle a plus d’assurance dans son corps, dans sa voix.

La Tamara que l’on retrouve dans ce vol.2 a évolué aussi… Elle est plus à l’aise.

AC : Tamara s’assume plus. Elle devient femme, jeune adulte. Même s’il y a encore un côté ado. Elle met des tenues plus élégantes. Elle est plus glamour que dans le premier épisode. Néanmoins, elle reste cette jeune fille pas très sûre d’elle, gaffeuse, et très drôle.

Alexandre Castagnetti sur le tournage de Tamara vol.2 © Arnaud Borrel / UGC Distribution

Wagner : le pote aux bons tuyaux

Le personnage de Wagner a aussi changé.

AC : Dans le premier, c’était un peu le poil à gratter sans arrêt. Plutôt l’ennemi. Dans la BD, il y a un peu des 2. Mais je n’avais pas réussi à caser 2 facettes en 1h1/2. C’était difficile de faire d’abord le méchant, puis finalement, le gars amoureux de Tamara, dans un temps si court. Dans le 2e, je voulais que les personnages évoluent tous dans une direction un peu plus adulte. Et là, j’ai récupéré les bonnes vannes de Wagner, son côté acide, mais aussi son côté débrouillard. Il est dans les bons coups, il leur permet d’avoir un appart, de rentrer dans des soirées. Donc c’est vrai qu’il est assez différent. Ce n’est plus du tout l’ennemi, c’est le pote qui a les combines. Il est toujours aussi drôle. Mais il n’a plus ce côté méchant, un peu machiavélique. Il est plutôt l’animateur un peu détaché des histoires de cœur. Il est là pour mettre un peu de sel et de poivre, dans les aventures.

Rose : la mamie trop cool

Annie Cordy joue une chouette vielle dame dans Tamara vol.2. Pourquoi l’avoir choisie pour ce rôle ? Pourquoi elle en particulier ?

AC : On avait envie de mettre en scène une troisième génération. Je souhaitais avoir cette mise en abîme de la vie d’une jeune provinciale qui arrive à Paris comme Tamara, mais de la voir avec un personnage qui a 60 ans de plus. Je voulais montrer que c’est toujours pareil. On arrive avec des rêves de provinciale, dans une grande ville, et bien forcément on se heurte à un tas de faux amis, à un tas de gens qui vont de essayer de vous manipuler. Il faut aussi prendre de garde à ne pas oublier ses racines.
C’est ce qui est arrivé à Annie Cordy. On y a pensé aussi parce qu’elle est Belge et qu’on avait des liens avec la Belgique depuis le début de l’aventure Tamara vu que le premier film a été tourné là-bas. Son parcours est un peu semblable. Elle est arrivée à 20 ans à Paris, comme meneuse du Lido. Elle le raconte dans le film, mais, malheureusement, la scène n’a pas été reprise au montage car elle était trop longue. On pourra la voir dans le making-of. Annie Cordy est complètement libre quand on tourne. Son texte initial était en réalité très court. Mais elle s’est mise à raconter sa vie. C’était hyper-touchant parce qu’il y avait de vraies photos d’elle au mur. Elle expliquait aux comédiennes “voilà ce qui m’est arrivé…”. C’était génial d’avoir une vraie légende comme elle sur le plateau.

Annie Cordy dans Tamara vol.2 © Arnaud Borrel / UGC Distribution

Une histoire rythmée avec des sujets bien d’actualité

Tamara vol.2 est un film plus rythmé que le précédent. Ca bouge beaucoup…

AC : Le 2 est hyper-rythmé. Le premier Tamara était un peu plus mélo de temps en temps. Ici, on est un peu plus dans la comédie, mais on est surtout dans une nouvelle étape de la vie. La vie d’étudiant, où l’on part de chez ses parents… Il y a évidemment beaucoup plus de bazar. Dans ce cas-ci, il y a une coloc avec des personnages très très drôles qui contribuent à ce bazar constant. Effectivement, cela ne s’arrête jamais.

Tamara se lance dans une « carrière » d’influenceuse sur Instagram. Un sujet bien dans l’air du temps…

AC : Tamara se perd dans une vie qui ne lui ressemble pas. Elle a peur de son image et s’embarque dans un monde qui n’est que l’image. C’est vrai que c’est tentant. On fait des promos de fringues, de cosmétiques… et on gagne de l’argent. Mais on en arrive à produire une fausse image de soi. On trafique sa vie pour la rendre plus cool et la montrer à ses followers. On se met en scène. Tout a l’air super beau, tout le monde a l’air de s’éclater. Si on est concentré sur “regardez comme ma vie est chouette”, mais qu’on ne crée rien d’intéressant, là ça devient, je pense, une perte de temps et surtout peut-être une perte de soi-même. Votre propre vie privée n’existe plus, puisqu’à chaque instant il faut en faire une fiction. On attend à chaque instant de voir si on est suivi sur telle photo, si on est bien noté. Être bien noté sur sa propre vie, c’est ça qui est terrible ! Là il y a quelque chose d’assez troublant et dangereux. Tamara se laisse emporter dans cela en oubliant l’amitié réelle, les rapports humains. Pourtant, l’outil est incroyable. Cela permet de faire des choses créatives, dans la photographie, des petits films… L’essentiel est de produire quelque chose de personnel et intéressant. J’ai pu testé ce genre d’outil, il y a quelques années, lorsqu’un pote et moi avons créé La Chanson du Dimanche sur Youtube. C’est une nouvelle scène pour les créatifs. Il n’est plus nécessaire de passer par la télé ou la radio, on envoie et on touche directement le public. Bien sûr, ça passe ou ça passe pas, mais on a un contact plus direct.

Tamara star d’Instagram © Arnaud Borrel / UGC Distribution

Propos recueillis par Marc Carlot en juin 2018.

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